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L’édification d’un nouvel ordre économique mondial reste au point mort

Publié par Eric Vendin le 01/06/2009 
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L’édification d’un nouvel ordre économique mondial maintes fois annoncée depuis le début de la crise se limite jusqu’ici à quelques initiatives éparses, l’essentiel des efforts portant sur les mesures d’urgence face à la récession.

« Il n’y a eu aucun progrès fondamental concernant la refonte de l’architecture économique mondiale », déclare à l’AFP le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, coordinateur d’un rapport sur le sujet pour l’ONU.
A l’issue du sommet du G20 de Londres début avril, les principaux dirigeants du monde avaient pourtant salué la mise sur les rails d’un « nouveau Bretton Woods », selon le mot du président français Nicolas Sarkozy.

Les accords de Bretton Woods avaient fixé en 1944 de nouvelles règles financières et monétaires pour stabiliser l’économie mondiale.
Parmi les avancées, la Commission européenne a présenté son projet encadrant les « hedge funds », accusés d’avoir précipité la crise, et a suggéré la création d’un « comité du risque systémique » pour détecter les signes d’instabilité financière — deux projets toutefois contestés par certains Etats membres.

L’administration américaine a, de son côté, proposé de nouvelles règles de contrôle des produits financiers dérivés et mené des tests de résistance sur ses principales banques pour évaluer leur solidité.

Mais, hormis l’offensive mondiale décrétée sur les paradis fiscaux, ces initiatives peinent à dépasser le cadre national ou régional, « faute de volonté politique », résume Daniel Gros, directeur du Centre for European Policy Studies, à Bruxelles.
Une réunion prévue début juin à l’ONU sur la refonte du système mondial vient d’ailleurs d’être reportée à la demande de plusieurs chefs d’Etat.
L’ampleur de la récession y est également pour quelque chose. « Les signes de reprise se font attendre et les pays sont pour le moment focalisés sur les moyens de relancer l’activité », souligne Jézabel Couppey-Soubeyran, enseignante à la Sorbonne.

Les thèmes laissés en friche ne manquent pas. Vouées aux gémonies il y a quelques mois, les agences de notation financières sont pour l’heure épargnées.

Par ailleurs, « il n’y a toujous pas de règles communes au niveau mondial pour les banques » permettant d’évaluer et de comparer leur santé financière, déplore Jacques de Larosière, ancien directeur général du Fonds monétaire international.
La refonte de l’économie mondiale bute avant tout sur l’absence d’une institution mondiale capable d’harmoniser les règles et d’en superviser l’application.
Pressenti pour le rôle, le FMI travaille au côté du Conseil de stabilité financière sur des mécanismes d’alerte préventive (« early warnings systems ») et a gagné du crédit depuis que le G20 a décidé le principe d’une forte augmentation de ses ressources.

« Mais plusieurs Etats, dont la Corée du Sud, le Brésil et des pays du Moyen-Orient, ne veulent pas débloquer des fonds avant la réforme prévue en 2011 des droits de vote », actuellement très favorables aux Etats-Unis et aux pays d’Europe occidentale, explique un membre du FMI sous couvert de l’anonymat.
Dans son rapport, Joseph Stiglitz juge, lui, que la gouvernance mondiale devrait être confiée à un « Conseil de coordination économique » rattaché aux Nations unies, « seule institution légitime », selon lui.

En attendant l’issue de ce débat, plusieurs économistes redoutent que les déclarations du G20 ne tombent dans l’oubli une fois la récession passée.
« La sortie de crise n’aura de sens que si elle aboutit à de nouvelles règles permettant d’éviter les problèmes qu’on a connus », prévient M. de Larosière. Il faut profiter de la « fenêtre d’opportunités » que la crise a ouverte, renchérit Daniel Gros: « Les marchés sont sous le choc et sont moins en situation de faire de l’obstruction. Après ce sera trop tard », assure-t-il.

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